Derrière l’information : qui s’exprime, comment, pourquoi ?

Derrière l’information : qui s’exprime, comment, pourquoi ?

L’information que nous consommons façonne notre compréhension des événements. Mais avant de demander : « Est-ce vrai ? », une autre question mérite d’être posée :

« Qui me parle ? »

En effet, une information ne circule jamais seule.

Elle est sélectionnée, produite, commentée, mise en récit et diffusée par des acteurs qui ont chacun leurs méthodes, leurs contraintes et leurs objectifs.

Qui nous informe ?

  1. Les curateurs de contenu

Ce sont des comptes qui sélectionnent, regroupent et repartagent des contenus existants. On les trouve sur TikTok, Instagram, X, YouTube ou d’autres plateformes.

Ils peuvent être très rapides. Ils rendent une information accessible. Ils savent aussi capter l’attention. Toutefois, le contenu d’origine peut être coupé, simplifié ou sorti de son contexte.

Le bon réflexe : remonter à la source originale.

  1. Les médias militants et indépendants

Ils défendent souvent une ligne éditoriale ou une cause clairement identifiée.

Certains font du journalisme. D’autres produisent principalement de l’analyse, du commentaire ou de l’activisme. Leur intérêt peut être réel : ils peuvent faire émerger des sujets peu traités ailleurs. Leur positionnement doit être pris en compte.

Le bon réflexe : distinguer les faits rapportés, l’analyse et la position défendue.

  1. Les médias de service public

Ils ont une mission d’information et d’intérêt général.

Ils peuvent apporter de la pédagogie, de la pluralité et un cadre éditorial structuré. Ils ne sont pas pour autant infaillibles. Ils peuvent être critiqués pour leur traitement d’un sujet, leur angle ou leur perception de leur indépendance.

Le bon réflexe : évaluer le contenu produit, pas seulement l’étiquette du média.

  1. Les créateurs de contenu d’information

Certains créateurs produisent eux-mêmes de l’information. Ils expliquent l’actualité. Ils vulgarisent. Ils enquêtent parfois. Ils peuvent travailler avec des journalistes ou s’appuyer sur des sources documentaires.

Leur force est souvent la proximité avec leur communauté et leur capacité à raconter simplement des sujets complexes. Cette proximité peut aussi favoriser l’incarnation, l’opinion ou la simplification.

Le bon réflexe : regarder la méthode derrière la personnalité.

  1. Les médias traditionnels privés

Ils regroupent notamment des journaux, radios, télévisions et médias numériques privés. Ils disposent généralement de rédactions, de journalistes et de processus éditoriaux structurés. Ils peuvent produire des enquêtes longues, vérifier des informations et apporter du contexte.

Ils ont toutefois aussi leurs contraintes : modèle économique, ligne éditoriale, audience, concurrence et parfois concentration capitalistique.

Le bon réflexe : regarder qui produit l’information, comment elle est vérifiée et comment elle est présentée.

Une même information peut changer de sens

Une même annonce peut être :

  • rapportée comme un fait ;
  • expliquée dans une vidéo ;
  • commentée par un militant ;
  • résumée par un curateur ;
  • analysée dans une enquête ;
  • transformée en contenu viral.

Le fait de départ peut être le même. Le traitement peut être très différent.

C’est pour cela qu’il faut distinguer : le fait, la sélection du fait, l’interprétation du fait et la mise en récit du fait.

Pourquoi cette distinction est importante ?

Parce que nous confondons facilement plusieurs choses.

  • Une personne convaincante n’est pas forcément une source fiable.
  • Une vidéo bien produite n’est pas forcément une information vérifiée.
  • Un média reconnu n’est pas infaillible.
  • Un média militant n’est pas automatiquement faux.
  • Et un contenu viral n’est pas automatiquement important.

La question n’est donc pas seulement :

« Est-ce que je crois cette personne ? »

Mais :

« Comment cette information a-t-elle été produite ? »

Trois réflexes pour muscler son esprit critique

  1. Diversifier ses sources

Ne vous contentez pas d’un seul canal. Comparez plusieurs traitements d’un même sujet. Vous verrez rapidement les différences d’angle, de vocabulaire et de hiérarchisation.

  1. Remonter à la source

Une vidéo peut être un point de départ. Elle ne doit pas nécessairement être le point d’arrivée. Cherchez le document original, la déclaration complète, l’étude, le communiqué ou l’article à l’origine de l’information.

  1. Analyser la méthode

Posez-vous cinq questions :

  • Qui s’exprime ?
  • Sur quelles sources ?
  • Avec quelles preuves ?
  • Qu’est-ce qui relève du fait ?
  • Qu’est-ce qui relève de l’interprétation ?

C’est souvent là que commence le véritable travail d’esprit critique.

La grille à retenir

Ne cherchez pas à classer chaque acteur dans une case définitive.

Les frontières sont devenues beaucoup plus poreuses.

  • Un journaliste peut produire une vidéo sur TikTok.
  • Un créateur peut réaliser une enquête.
  • Un média militant peut produire un travail rigoureux.
  • Un grand média peut commettre une erreur.

La bonne question n’est donc pas :

« Qui est fiable une fois pour toutes ? »

La bonne question est :

« Pour cette information précise, quelle est la méthode utilisée et puis-je la vérifier ? »

C’est cette approche qui permet de mieux comprendre qui nous informe, comment il nous informe et pourquoi cette information prend telle ou telle forme.

Ekedi Kotto Maka