Repérer un récit hostile en 30 minutes

L’espace informationnel n’est pas neutre : il réagit, s’enflamme, amplifie. Un récit hostile ne se définit pas seulement par son contenu, mais par la dynamique émotionnelle qu’il déclenche et les réseaux qui le relaient. Chez Rectifa, nous utilisons une approche pragmatique : diagnostiquer, qualifier, anticiper. Notre objectif : identifier rapidement si un signal faible mérite une alerte.

30 minutes, 5 étapes

1. Scanner les mentions et repérer les anomalies de ton

Commencez par une analyse tonale rapide : quand le ton bascule de la neutralité vers l’émotion (indignation, ironie, peur), un récit s’amorce. Ce basculement peut souvent être plus révélateur qu’un pic de volume. Il indique un changement de posture dans la conversation.

2. Identifier les cinq relais principaux

Derrière chaque récit, un petit nombre de comptes amplifie le signal. Ces relais ne sont pas forcément influents individuellement, mais cohérents dans leur alignement. Repérez les interactions croisées, les citations mutuelles, les hashtags partagés. C’est souvent là que se forme la cohérence narrative…

3. Qualifier l’émotion dominante

Chaque récit hostile s’enracine dans une émotion motrice : colère, peur ou méfiance le plus souvent, mais aussi indignation morale, humiliation ou fierté détournée.

Qualifier cette émotion permet d’en anticiper la trajectoire :

  • la peur se propage vite, mais s’éteint tout aussi vite ;
  • la colère attire l’engagement et polarise ;
  • la dérision banalise le récit sans qu’il paraisse agressif.

L’émotion n’est pas un bruit de fond : c’est le carburant du narratif.

4. Tracer la première occurrence

Identifier la source initiale, c’est souvent retrouver la matrice du récit. La première formulation contient  le cadre interprétatif. La « clé de lecture » qui structure toutes les reprises ultérieures. Remonter à cette origine, c’est aussi comprendre la stratégie d’amplification.

5. Estimer le risque d’amplification

Tous les récits hostiles ne se propagent pas… 

Le risque dépend :

  • de la lisibilité du message (simple, visuel, émotionnel) ;
  • du degré d’alignement des relais ; et
  • du contexte médiatique (crise, vide informationnel, indignation latente etc.).

Si un seul de ces leviers s’emballe, l’amplification est probable.

Ce qu’il faut garder en tête

Cette approche ne vise pas à contenir les tensions, mais à les comprendre. Elle propose une lecture rapide du terrain pour décider avec discernement : intervenir quand c’est nécessaire, ou simplement observer le récit évoluer.

Par Ekedi Kotto Maka

Ekedi Kotto Maka possède 12 ans d’expérience  internationale en stratégie de contenu,  communication numérique et en analyse des médias sociaux. Experte dans l’étude des récits et leur influence sur la perception et la réalité, elle a collaboré avec des organisations et institutions pour résoudre des enjeux informationnels complexes.
En tant que fondatrice de Rectifa, elle développe des solutions de monitoring numérique , d’analyse  et des stratégies de riposte efficaces, renforçant le positionnement et le capital social des organisations.

Ekedi forme et encadre des équipes multidisciplinaires pour atteindre des objectifs ambitieux dans des contextes internationaux. Engagée à partager son expertise, elle accompagne les organisations dans un environnement numérique en constante évolution.