Les principales techniques de désinformation sur les réseaux sociaux

La désinformation, orchestrée de manière délibérée, utilise une variété de techniques sophistiquées pour manipuler les perceptions et les croyances du public.

Un hypertrucage peut être diffusé par des faux nez sur des plateformes alternatives pour influencer l’opinion publique. Un rapport mensonger peut être amplifié par des chambres d’écho et des bots pour paraître plus crédible. Une fausse citation peut être intégrée dans un mème pour devenir virale. Ces stratégies exploitent les dynamiques des réseaux sociaux pour maximiser leur impact et façonner artificiellement le débat public.

Ce complement d’information présente les principales méthodes de désinformation observées sur les réseaux sociaux.

Manipulation du contenu visuel

La manipulation d’images est une des techniques les plus courantes et efficaces pour diffuser de la désinformation. En altérant des photos ou des vidéos, les acteurs malveillants peuvent créer des représentations trompeuses de la réalité, influençant ainsi les perceptions et les croyances du public.

Méthodes utilisées

  •  Logiciels de retouche : Utilisation d’outils comme Photoshop pour modifier des éléments spécifiques d’une image, ajoutant ou supprimant des détails pour changer le contexte ou la signification.
  •  Collages d’images : Assemblage de différentes images pour créer une nouvelle image qui transmet un message falsifié.
  •  Filtres et effets visuels : Application de filtres pour altérer les couleurs, la luminosité ou d’autres aspects visuels, rendant l’image plus dramatique ou crédible.

Impact

La manipulation d’images peut renforcer des récits erronés, amplifier des émotions négatives ou créer de fausses preuves d’événements inexistants. 

Les images d’archives, bien que réelles, sont souvent sorties de leur contexte original et présentées comme récentes ou directement liées à des événements actuels. Cette technique vise à donner l’illusion d’actualité ou de pertinence des images, induisant ainsi en erreur le public.

Méthodes utilisées

  •  Retiming : Présentation d’images anciennes comme si elles avaient été prises récemment.
  •  Mise en scène : Utilisation d’images d’archives pour illustrer des événements actuels de manière inappropriée.
  •  Montage vidéo : Incorporation d’images anciennes dans des vidéos modernes pour créer un faux lien temporel.

Impact

L’utilisation d’images d’archives peut minimiser ou exagérer la gravité des événements actuels, semant la confusion et la méfiance parmi les utilisateurs. Elle peut également être exploitée pour créer des récits alternatifs ou des théories du complot.

La satire utilise l’humour, l’ironie ou l’exagération pour critiquer ou ridiculiser. Cependant, lorsqu’elle est présentée sans contexte, elle peut être interprétée comme une information réelle, contribuant ainsi à la désinformation.

Méthodes utilisées

  •  Mèmes satiriques : Création de mèmes humoristiques imitant des faits réels.
  •  Faux articles : Rédaction d’articles d’actualité fictifs avec un ton satirique.
  •  Vidéos parodiques : Production de vidéos se moquant de sujets sérieux, pouvant être prises au sérieux par certains utilisateurs.

Impact

Le contenu satirique mal interprété peut semer la confusion, propager des idées fausses et nuire à la crédibilité des véritables informations. Il peut également être utilisé intentionnellement pour déstabiliser ou discréditer des sources d’information légitimes.

Les hypertrucage sont des vidéos ou des audios truqués créés à l’aide de l’intelligence artificielle (I.A.), donnant l’impression que des personnes ont dit ou fait quelque chose qu’elles n’ont jamais fait. Cette technologie rend la détection des falsifications extrêmement difficile, exploitant la confiance instinctive envers les médias visuels et audios.

Méthodes utilisées

  •  Modification de vidéos existantes  : Remplacement du visage ou de la voix d’une personne par ceux d’un autre individu pour créer des contenus trompeurs.
  •  Création de contenus entièrement synthétiques : Génération d’images ou de vidéos ultra-réalistes qui semblent authentiques mais sont entièrement fabriquées.
  •  Imitation vocale : Clonage de voix grâce à des algorithmes pour faire dire à une personne des propos qu’elle n’a jamais tenus.

Impact

Les deepfakes peuvent être utilisés pour créer des preuves falsifiées, manipuler l’opinion publique, discréditer des individus ou diffuser des informations sensibles de manière trompeuse. Ils représentent une menace croissante pour la sécurité, la vie privée et la confiance dans les médias numériques.

Usurpation et falsification de l’identité

Usurpation d’identité 

L’usurpation d’identité consiste à créer de faux comptes qui imitent des personnes ou des organisations réelles pour propager des messages frauduleux. Cette technique tire parti de la crédibilité associée à l’identité usurpée pour diffuser des informations trompeuses.

Méthodes utilisées

  •  Création de faux profils : Utilisation de photos et d’informations personnelles volées pour créer des comptes authentiques.
  •  Imitation des voix et du style : Reproduction du ton et du style de communication des individus ou organisations cibles.
  •  Diffusion coordonnée : Utilisation de plusieurs faux comptes pour renforcer la propagation des messages frauduleux.

Impact

L’usurpation d’identité peut tromper les utilisateurs en leur faisant croire qu’ils reçoivent des informations de sources fiables. Cela peut entraîner la diffusion de fausses informations, nuire à la réputation des individus ou des organisations ciblées, et compromettre la confiance dans les communications en ligne.

Les faux nez sont des comptes ou des identités numériques créées dans le but de masquer l’identité réelle d’un individu ou d’un groupe. Ces profils fictifs sont souvent utilisés pour diffuser de la désinformation, influencer des débats en ligne ou manipuler l’opinion publique.

 Méthodes utilisées

  •  Création de faux comptes : Utilisation de noms et photos générées artificiellement pour simuler une identité crédible.
  •  Usurpation d’identité : Imitation d’individus réels (journalistes, experts, personnalités publiques) pour donner du crédit à des contenus trompeurs.
  •  Réseaux coordonnés : Multiplication de faux nez interagissant entre eux pour donner l’illusion d’un large soutien à une idée ou d’un consensus.

Impact

Les faux nez permettent de manipuler l’opinion publique en créant une fausse impression de popularité ou de légitimité d’une information. Ils servent aussi à harceler ou discréditer des individus opposés à certains récits, contribuant ainsi à une polarisation accrue du débat public.

Les bots et les trolls sont des comptes automatisés ou semi-automatisés utilisés pour diffuser de la désinformation ou influencer l’opinion publique. Les bots peuvent multiplier les messages similaires à grande échelle, tandis que les trolls interagissent de manière à provoquer des réactions émotionnelles ou à semer la discorde.

Méthodes utilisées

  •  Automatisation des publications : Utilisation de scripts pour publier et partager des contenus en masse.
  •  Engagement manipulé : Interaction avec les utilisateurs pour amplifier certains messages ou détourner les discussions.
  •  Création de faux consensus : Multiplication des messages similaires pour donner l’impression d’un soutien massif à une idée ou une opinion.

Impact

Les bots et les trolls peuvent inonder les plateformes sociales de faux contenus/fausses informations, créer une illusion de popularité ou de validité pour certaines informations, et perturber les discussions en ligne. Ils contribuent à la polarisation, à la diffusion rapide de la désinformation et à la manipulation de l’opinion publique.

Altération du contexte des informations

Théories du complot 

Les théories du complot offrent des explications alternatives à des événements ou des situations, impliquant souvent des conspirations secrètes orchestrées par des groupes puissants. Elles se propagent rapidement sur les réseaux sociaux, exploitant le besoin humain de trouver des explications simples à des événements complexes.

Méthodes utilisées

  •  Narratifs simplifiés : Présentation de récits clairs et attractifs, souvent sans preuves solides.
  •  Appel à la méfiance : Encouragement à douter des sources d’information traditionnelles ou officielles.
  •  Création de personnages ombres : Identification de groupes ou d’individus comme les principaux responsables des conspirations.

Impact

Les théories du complot peuvent diviser les communautés, semer la confusion et détourner l’attention des véritables enjeux. Elles alimentent la méfiance envers les institutions et les médias, compromettant ainsi la cohésion sociale.

Chambres d’écho 

Les chambres d’écho sont des communautés en ligne où les informations partagées renforcent les croyances existantes des membres, amplifiant ainsi la désinformation. Ces environnements limitent l’exposition à des perspectives divergentes, créant une bulle informationnelle.

Méthodes utilisées

  •  Algorithmes de personnalisation : Les algorithmes montrent aux utilisateurs des contenus similaires à leurs intérêts et croyances.
  •  Groupes fermés et communautés : Création de groupes où seules certaines opinions sont partagées et valorisées.
  •  Renforcement répétitif : Diffusion répétée des mêmes messages pour solidifier les croyances des membres.

Impact

Les chambres d’écho renforcent les préjugés et limitent la capacité des individus à considérer des informations alternatives ou contradictoires. Elles favorisent la polarisation sociale et rendent plus difficile la correction des fausses informations, car les membres sont moins réceptifs aux preuves contraires.

La sélection biaisée consiste à choisir uniquement les données ou les faits qui soutiennent une position spécifique, en ignorant ou en excluant les informations contradictoires. Cette technique renforce les croyances préexistantes des individus et crée une image déformée de la réalité.

 Méthodes utilisées

  •  Choix sélectif des données : Présenter uniquement les informations favorables à une argumentation.
  •  Omission des contre-arguments : Ne pas mentionner les faits qui contredisent la position défendue.
  •  Mise en avant des cas exceptionnels : Utiliser des exemples rares pour généraliser une tendance.

Impact

La sélection biaisée peut conduire à des conclusions erronées, renforcer les préjugés et limiter la capacité des individus à adopter une vision équilibrée des faits. Elle nuit à la prise de décision informée et à la compréhension objective des enjeux.

Extraire des déclarations de leur contexte original permet de déformer leur signification et de les présenter sous un jour trompeur. Cette technique consiste à isoler des citations pour les faire paraître comme si elles exprimaient une intention différente de celle initialement prévue.

Méthodes utilisées

  •  Sélection des extraits : Choisir uniquement des parties spécifiques d’une déclaration.
  •  Modification du contexte : Présenter les citations dans un cadre qui change leur interprétation.
  •  Combinaison de citations : Assembler des citations de différentes sources pour créer un faux discours cohérent.

Impact

Les citations hors contexte peuvent discréditer des individus, manipuler l’opinion publique et propager des informations erronées. Elles nuisent à la réputation des personnes concernées et érodent la confiance dans les communications publiques.

Création et propagation de faux contenus

Propagation de rumeurs 

Les rumeurs sont des informations non vérifiées ou spéculatives diffusées comme des faits établis. Sur les réseaux sociaux, elles peuvent se propager rapidement, amplifiant la désinformation et créant de l’incertitude.

Méthodes utilisées

  •  Viralité des partages : Encourager le partage rapide des informations sans vérification.
  •  Anonymat des sources : Utiliser des comptes anonymes pour diffuser des rumeurs sans responsabilité.
  •  Création de narratifs sensationnels : Formuler des rumeurs de manière à capter l’attention et susciter des émotions fortes.

Impact

La propagation de rumeurs peut semer la panique, nuire à la réputation des individus ou des organisations, et influencer les comportements sociaux et économiques. Elle complique également la tâche des autorités et des médias dans la gestion des informations fiables.

Fausse citation 

Cela permet la création de fausses déclarations politiques, de vidéos compromettantes ou de témoignages fabriqués de toutes pièces, rendant la distinction entre vérité et fiction de plus en plus difficile. Cela peut entraîner des crises de confiance, des atteintes à la réputation et une amplification des tensions sociales.

Méthodes utilisées

  •  Création de citations : Inventer des déclarations inexistantes attribuées à des personnes influentes.
  •  Modification des sources : Attribuer des citations authentiques à des sources incorrectes.
  •  Propagation rapide : Utiliser les réseaux sociaux pour diffuser massivement les fausses citations.

Impact

Les fausses citations peuvent ternir la réputation des individus, influencer les décisions politiques et sociales, et semer la confusion parmi le public. Elles contribuent également à la polarisation et à la méfiance envers les sources d’information authentiques.

Les mèmes sont des images ou des vidéos souvent humoristiques, accompagnées de textes courts. Bien qu’ils soient principalement utilisés pour le divertissement, ils peuvent également véhiculer des informations trompeuses ou être utilisés pour propager de fausses informations.

Méthodes utilisées

  •  Humour et sarcasme : Utilisation de l’humour pour rendre les messages plus attrayants et viraux.
  •  Simplification excessive : Condensation de sujets complexes en messages courts et simplifiés.
  •  Symbolisme et métaphores : Utilisation d’images symboliques pour représenter des idées de manière détournée.

Impact

Les mèmes peuvent rendre la désinformation plus accessible et virale, en facilitant la diffusion rapide des messages erronés. Leur nature visuelle et humoristique peut diminuer l’esprit critique des utilisateurs, les rendant plus susceptibles de croire et de partager de fausses informations.

Les rapports mensongers impliquent la création et la diffusion d’informations totalement inventées ou gravement déformées, présentées comme des faits réels. Cette technique vise à tromper le public en fournissant de fausses informations crédibles.

Méthodes utilisées

  •  Fabrication complète : Inventer des événements, des chiffres ou des faits inexistants.
  •  Détournement de sources : Modifier des rapports authentiques pour inclure des informations fausses.
  •  Présentation professionnelle : Utiliser des formats et des langages formels pour donner une apparence de crédibilité.

Impact

Les rapports mensongers peuvent influencer les opinions publiques, détourner l’attention des véritables enjeux et entraîner des actions basées sur des informations erronées. Ils sapent la confiance dans les institutions et les médias, exacerbant la méfiance générale.

Le clickbait utilise des titres accrocheurs et sensationnalistes conçus pour inciter les utilisateurs à cliquer sur des liens, souvent accompagnés de contenus trompeurs ou exagérés. Cette technique vise à augmenter le trafic et l’engagement, parfois au détriment de la véracité des informations.

Méthodes utilisées

  •  Titres sensationnalistes : Utilisation de phrases provocantes ou intrigantes pour attirer l’attention.
  •  Promesses non tenues : Présentation de titres qui promettent des informations importantes mais délivrent des contenus décevants ou trompeurs.
  •  Exagération et déformation : Amplification des faits ou des événements pour les rendre plus dramatiques ou attractifs.

Impact

Le clickbait peut conduire à la diffusion de fausses informations en incitant les utilisateurs à consommer et partager des contenus non fiables. Il nuit à la crédibilité des sources d’information légitimes et contribue à la désinformation en favorisant des contenus sensationnalistes plutôt qu’informatifs.

Amplification et diffusion stratégique

Plateformes alternatives (Whatsapp, Telegram, YouTube) 

Les plateformes alternatives, telles que WhatsApp, Telegram ou YouTube, sont souvent moins régulées que les médias traditionnels et peuvent être utilisées pour propager de la désinformation de manière plus insidieuse.

Méthodes utilisées

  •  Anonymat et pseudonymat : Création de comptes anonymes pour diffuser des informations sans être facilement traçables.
  •  Canaux : Utilisation de canaux pour partager des informations avec un public restreint.
  •  Contenus vidéo et audio : Diffusion de vidéos et d’audios manipulés pour renforcer la crédibilité de fausses informations.

Impact

L’utilisation de plateformes alternatives permet une diffusion rapide et ciblée de la désinformation, souvent échappant aux mécanismes de vérification et de régulation des médias traditionnels. Cela complique la détection et le contrôle des fausses informations, augmentant leur impact potentiel.

Certains sites web se spécialisent dans la diffusion régulière d’informations inexactes, trompeuses ou biaisées. Ils adoptent souvent une apparence professionnelle, ce qui les rend plus crédibles aux yeux des utilisateurs.

Méthodes utilisées

  •  Design professionnel : Utilisation de mises en page et de graphiques de haute qualité pour simuler des sites d’information légitimes.
  •  Contenu sensationnaliste : Publication de titres accrocheurs et de contenus émotionnellement chargés pour attirer les visiteurs.
  •  Absence de vérification des faits : Diffusion d’informations sans vérification rigoureuse des sources ou des faits.

Impact

Les sites d’information peu fiables peuvent tromper les utilisateurs, les amenant à croire en des récits erronés. Ils contribuent à la diffusion de la désinformation et à la confusion générale, rendant plus difficile pour les utilisateurs de discerner les informations fiables des fausses.

  • L’automatisation de la diffusion se traduit également par l’utilisation de bots pour inonder les réseaux sociaux.
  • Les comportements coordonnés / réseaux coordonnés de faux comptes exploitent aussi la multiplication des sources pour crédibiliser un mensonge / un contenu trompeur.

Par Ekedi Kotto Maka

Ekedi Kotto Maka possède 12 ans d’expérience  internationale en stratégie de contenu,  communication numérique et en analyse des médias sociaux. Experte dans l’étude des récits et leur influence sur la perception et la réalité, elle a collaboré avec des organisations et institutions pour résoudre des enjeux informationnels complexes.
En tant que fondatrice de Rectifa, elle développe des solutions de monitoring numérique , d’analyse  et des stratégies de riposte efficaces, renforçant le positionnement et le capital social des organisations.

Ekedi forme et encadre des équipes multidisciplinaires pour atteindre des objectifs ambitieux dans des contextes internationaux. Engagée à partager son expertise, elle accompagne les organisations dans un environnement numérique en constante évolution.